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Pauvres vieux !
auteur : RO publié / révisé le : 25.08.2026
Je me suis abonné, il y a quelques temps, à un site américain d'infographie qui publie chaque jour un nouveau tableau avec des statistiques de toutes sortes : https://www.visualcapitalist.com/. Leurs tableaux mettent en lumière, grâce à leur graphisme toujours percutant, toutes sortes de données comparatives au niveau international.
Le dernier tableau m'a fortement interpellé, car il
illustrait, le niveau de pauvreté constaté pour la population de plus de 66 ans, donc les retraités, dans les pays de l'OCDE. Et très étonnamment la Suisse se retrouve très mal classée avec une pauvreté de près de 20% au niveau de nos retraités. Très loin derrière des pays comme la France, l'Italie ou l'Allemagne, mais surtout à des kilomètres des pays scandinaves avec lesquels nous aimons nous comparer.
J'ai d'abord cru à une erreur et suis donc allé sur le site de l'OCDE, qui regorge de toutes sortes de statistiques intéressantes, notamment celle qui traite du taux de pauvreté et effectivement j'ai eu le grand déplaisir de constater qu'il n'y avais pas d'erreur dans le tableau et que notre score semble effectivement piteux comme le précise la liste établie ci-dessous avec leurs données.
Et comme nous le verrons dans de prochains articles, assez souvent notre pays se classe très loin de ce à quoi l'on pourrait s'attendre compte tenu du niveau de salaires et du PIB. Mais pour l'instant essayons de comprendre ce mauvais classement.
La méthodologie est différente dans de nombreux pays
Le taux de pauvreté est calculé par l'OFS sur la base des revenus courants et ne tient pas compte de la fortune. La rente AVS maximale est inférieure au barème pour le minimum vital et l'on tombe donc très vite sous le niveau de pauvreté. Or les retraités suisses disposent souvent d'une fortune conséquente, immobilière ou au travers de leurs caisses de pensions, qui n'est donc pas prise en considération par la méthode appliquée au niveau OCDE. Lorsque l'on intègre ces données, le taux de pauvreté redescend à environ 7.4% selon les calculs du think tank Avenir Suisse. L'article prétend même que ce taux serait plus bas si l'on tenait compte de la propriété immobilière, mais cela semble erroné, car en principe l'immobilier est dans le calcul de la fortune, même si souvent les sommes sont inférieures à la réalité.
Du coup on se sent mieux quand l'on voit qu'avec un tel taux l'on rejoint les niveaux de nos voisins, mais la comparaison n'est plus valable puisque les données n'ont pas été adaptées chez eux.
Cela reste un mauvais résultat
L'on serait en droit de s'attendre à ce que la Suisse figure dans les premiers rangs de cette statistique lorsque l'on connait les performances de notre économie, et la qualité de notre système de retraite à trois piliers. Il est clair que pour les personnes en difficultés il reste les prestations complémentaires, mais cela n'explique de loin pas comment l'on puisse se retrouver dans une telle situation.
Trois explications plausibles
Essayons de comprendre comment des actifs, arrivant aujourd'hui à l'âge de la retraite, ont vu leur situation évoluer par rapport à leurs prévision d'alors.
1.- L'évolution du marché immobilier : la croissance des prix dans l'immobilier a été nettement plus rapide que l'inflation sur laquelle sont indexées les rentes. On voit que l'on est à un indice entre 250 et 300 selon que l'on loue ou que l'on achète. Alors que le niveau général des prix a progressé à 200 environ. Donc si on part de ce que l'on payait 100 pour un revenu de 100 en 1980, on va payer jusqu'à 300 alors que l'on ne touche que 200. La différence est conséquente, sauf pour ceux qui ont pu acheter entre 1980 et 2000 (mis à part entre 1985 et 1995 pendant la bulle).
2.- La non-évolution rentes basées sur la capitalisation : L'évolution des prix et donc des taux d'intérêts a été très particulière depuis les années 1995 et la rétribution accordée par les caisses de pensions sur les avoirs de leurs assurés, en particulier les piliers 2 et 3 n'a pas été à la hauteur des prévisions, sans parler des adaptations au niveau des taux de conversion. Le taux de capitalisation obligatoire était à 4% de 1985 à 2002 puis il s'est progressivement réduit autour de 1.5% du fait de l'effondrement historique des taux en Suisse. Pictet propose une analyse des taux servis selon la catégorie (20, 40 ou 60% en actions) et annonce un performance historique autour de 4% par an.
En parallèle, le taux de conversion qui permet de transformer le capital en rente, était en 1985 de 7.2%, puis est descendu à 6.8% vers 2005, et devrait continuer à baisser car les assureurs n'arrivent pas à générer suffisamment de rendement pour garantir les rentes. Pour la partie sur-obligatoire, où le taux est déterminé par les assureurs, on se trouve déjà autour de 5.3%.
Les anciens assurés ont encore profité de taux élevés et d'un taux de conversion plus haut durant les premières années, mais beaucoup ont du revoir leurs prévisions, et donc réduire leurs prétentions de niveau de vie à la retraite.
3.- L'augmentation hors-normes des primes d'assurance-maladie :
Chez la majorité de nos voisins ces coûts sont reportés sur la fiscalité, mais en Suisse le citoyen paie directement et cela donne aussi une courbe particulière que l'on peut admirer ci-dessous.
Les autres facteurs de pauvreté à la retraite ne devraient pas être passés sous silence, mais ils sont probablement plus ou moins les mêmes dans presque tous les pays et ne justifient donc pas une différence avec le nôtre. Le premier facteur est le divorce, qui provoque une paupérisation immédiate des deux époux, à plus forte raison s'il y a des enfants. Le second est la maladie ou le chômage, bref l'incapacité de travailler, qui réduit fortement le revenu. Le dernier facteur est à rechercher dans les lacunes de cotisation, que l'on retrouve essentiellement chez les femmes et les immigrés, soit qu'elles n'aient pas travaillé à 100% durant toutes leurs années de cotisantes, soit qu'ils n'aient pas cotisé assez longtemps car arrivés plus tard en Suisse. Sans parler de ceux qui ont retiré leur capital, car ils avaient fait les calculs avec un retour dans le pays d'origine, moins cher, et qui ont finalement décidé de rester à cause des enfants et petits-enfants. Et les autres, moins nombreux, qui l'on fait pour se mettre à leur compte et qui ont fait faillite en perdant tout.
Ou comment faire le lit du populisme
Une grande majorité de ces "vieux pauvres", estimée à environ
250'000 personnes dans ce pays, se recrute dans les personnes avec un faible niveau de formation, étrangères ou vivant dans des communes rurales. On y retrouve beaucoup de femmes, de veuves et veufs ou des personnes divorcées. Pro Senectute a publié un document éloquent à cet égard (cliquer pour agrandir) .
Mais ce qui caractérise globalement toutes ces personnes, c'est que la majorité d'entre elles ont travaillé dur toute leur vie, ont fait des efforts pour rester à flot, et se retrouvent, à la retraite, avec une situation qui leur échappe et dont ils ne sont pas responsables, un peu comme les retraités dans les anciens pays communistes qui se sont retrouvés sans rien, ou presque, après le basculement.
Le pire c'est qu'en général, ce sont des personnes très généreuses, prêtes à venir en aide aux moins bien lotis qu'elles, jusqu'à ce qu'elles découvrent qu'en fait ce sont elles qui sont tout en bas de l'échelle. Il est presque compréhensible qu'ils adhèrent souvent aux thèses des partis populistes, qui ne cessent de leur montrer des personnes aussi pauvres qu'elles, mais fortement soutenues par des structures étatiques, en leur chuchotant que cet argent serait dans leurs poches "s'il n'y avait pas tous ces immigrés".
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