salaire wilson quote wilson Salaire minimal : le remède pire que le mal ?

La sempiternelle discussion sur un salaire minimal, type SMIC en France, revient périodiquement pour se faire en général rejeter par le peuple en votations. Avant de prendre position, il serait peut-être utile de chercher à comprendre ce qui pourrait se passer en cas d’introduction. Eh bien il existe plusieurs scénarii selon le niveau auquel on fixera ce salaire minimal. C’est bien là une première indication que le fait d’uniformiser ce montant risque de ne pas forcément produire les effets escomptés selon les secteurs.


 

Rapide analyse du résultat

Et voilà ! Le grand frisson est passé et comme à son habitude le peuple suisse a rejeté cette tentative de réguler l’économie. L’une des raisons principale de ce score quasi soviétique est lié au fait que les bénéficiaires des plus faibles salaires n’ont en général pas le droit de vote ou ne l’exercent souvent pas. C’est donc les autres qui se sont réjouis d’aller voter NON pour éviter de se faire rattraper par ce petit prolétariat qui vivote avec des salaires très bas.

C’est dommage pour le principe, si les syndicats s’étaient montrés un peu moins gourmands et avaient eu le courage de proposer un salaire minimum correspondant à un certain minimum vital, la chance de voire enfin les exploiteurs de tous bord obligés à payer plus que les 2’200.-/ 2’800.- CHF que l’on rencontre encore dans certains domaines.

 

Quelques arguments

Un premier indice de la perversité de cette question provient du fait que les motivations des syndicats qui ont lancé une initiative à ce sujet, ne sont pas économiques, mais sociales. Une fois de plus on confond les genres, la lutte contre la pauvreté n’est pas du ressort des entreprises, mais de l’État.

L’on sait aujourd’hui qu’une des raisons principales de la paupérisation est la séparation des couples avec enfants et le doublement des coûts qui s’ensuit. L’on ne saurait rendre les entreprises responsables de ces comportements et exiger des salaires minimaux plus élevés sous prétexte qu’une famille  monoparentale ne peut s’en sortir, alors que pour un couple « normal » le problème ne se pose pas avec autant d’acuité. Il faut trouver d’autres moyens pour pallier à ces aléas de la vie dont les victimes sont partiellement responsables. On ne peut augmenter les salaires sous prétexte qu’il y a des accros au jeu qui ont besoin de plus d’argent.

Le second point, vu du côté des entreprises cette fois, est que ce salaire minimal va se transformer en oreiller de paresse, en nivelant par le bas les salaires, puisque l’enveloppe globale ne pourrait grossir faute de gains de productivité. Si les employeurs n’ont plus de possibilités pour maintenir un minimum de différenciations salariales entre les collaborateurs, notamment pour récompenser l’ancienneté et éventuellement une meilleure qualité de travail, le niveau de motivation va descendre rapidement et l’on risque même de créer des tensions inutiles au sein des collaborateurs les plus mal payés.

Le dernier point est liés aux négociations sectorielles, qui jusqu’à aujourd’hui ont toujours fait progresser l’ensemble des salariés par mimétisme ou osmose. Avec le salaire minimal, les syndicats se tirent une balle dans le pied, car il perdront du coup la possibilité de négocier des salaires minimaux plus élevés dans les branches qui vont bien, et donc un phénomène d’aspiration vers le haut du fait de la concurrence naturelle entre employeurs. Ce sont les salaires plus élevés du commerce de détail, qui tirent vers le haut ceux de la restauration, eux-mêmes exemples pour le nettoyage, etc.

 

Il faut un salaire minimal garanti par l’État

Le salaire minimal garanti doit l’être par l’État, éventuellement avec des variantes géographiques, et devrait permettre à celui qui le reçoit d’être mieux loti que s’il percevait un minimum vital. En Suisse on peut imaginer qu’avec 3’000, CHF x 13, on tombe à peu près de ce cas de figure. Il ne devrait exister que pour éviter des situations d’exploitation évidente et la création de poches de misère.

Ce cas de figure existe dans le canton du Jura qui vient de fixer une fourchette entre 3020.- et 3640.- le salaire minimum dans la vente.

Dumping salarial : les initiants prétendent lutter contre ce phénomène, lié surtout à la libre-circulation des personnes, grâce à un salaire minimal. Il s’agit d’une fausse bonne idée car le seul moyen d’exercer une pression à ce niveau réside dans les contrôles et la solidarité des entreprises utilisant la sous-traitance, notamment la responsabilité solidaire du mandant.

Montant du salaire minimal : les initiants prétendent que 4’000.- par mois (x 13 ?) constituent un minimum pour s’en sortir un tant soit peu sur le plan financier. Telle n’est pas la vérité, puisque l’on considère que le seuil de pauvreté pour une personne seule est de 2’500.- environ (4’000.- pour un couple avec 2 enfants). Les salaires minimaux nécessaires sont surtout très régionaux avec de fortes disparités entre les cantons.

Le remède pire que le mal

Temps partiel : Pour appliquer la règle des 4’000.- une quantité non négligeable d’employeurs envisageront une réduction du temps de travail, avec des règles de présence plus strictes de pour ne pas avoir de frais supplémentaires, d’autres remettront simplement en cause la présence de collaborateurs supplémentaires et pour finir les plus touchés seront clairement les petites entreprises familiales et pas les plus grandes qui appliquent souvent déjà des barèmes de cet ordre. Le marché du travail doit conserver une segmentation qui permette aux travailleurs d’évoluer, de progresser vers de meilleures conditions salariales grâce à la qualité de leur travail. Faute de quoi c’est le désespoir qui va s’installer quand on sait déjà à vingt ans que l’on va travailler toute sa vie au SMIC.

L’exemple des discounters allemands avec leurs grands effets de manche pour un salaire à plus de 4’000.- est très parlant lorsque l’on sait que très peu de leurs collaborateurs bénéficient de contrats à temps plein et qu’ils doivent néanmoins rester à disposition de l’employeur à 100%.

Méritocratie : Le salaire minimal nuit à l’intégration des apprentis dans l’entreprise qui a assuré leur formation. Au vu du peu de différences salariales entre « employés du premier échelon », les entreprises devraient d’un jour à l’autre verser presque le même salaire à un apprenti qu’à un collaborateur avec expérience. Au lieu de rigidifier l’échelle des salaires, il convient au contraire de l’assouplir en introduisant des salaires réduits pour les 2-3 ans qui suivent l’apprentissage. Par exemple -30%,-20%,-10%. De surcroît quel intérêt auraient les jeunes à se former mieux puisque visiblement ils ne gagneront pas un sou de plus !

Le problème se pose avec la même acuité pour les aspects liés aux qualifications et à l’ancienneté qui jusqu’il y a quelques années étaient encore les critères objectifs permettant de justifier des écarts de salaires pour les salaires les plus bas. La prise en compte des performances individuelles sont un phénomène nouveau. Ce changement de paradigme est une insulte pour tous ceux qui ont choisi de se former ou de rester fidèles à leurs employeurs.

Productivité et « handicaps » : Le dernier effet pervers des salaires minimaux est lié à l’employabilité des personnes à productivité limitée. De nombreux handicapés mentaux ou physiques, voire des étudiants ou retraités dans certaines professions, seraient heureux de trouver une occupation qui « mette un peu de beurre dans les épinards », mais qui surtout leur permette de trouver ou conserver un lien social et un sentiment d’utilité, voire dans certains cas permettrait à la collectivité d’économiser au niveau des subsides versés.

Les salaires minimaux sont un obstacles pour les employeurs qui ne peuvent ou ne veulent pas engager des collaborateurs hors des normes légales, car ils ne souhaitent pas se retrouver en première page des journaux, accusés de pratiquer un dumping salarial, alors que ces personnes ont effectivement une productivité objective inférieure à leurs collègues qui justifie un salaire adapté. Leurs collègues seraient d’ailleurs les premiers à ne pas accepter qu’ils puissent gagner le même salaire tout en percevant des subsides et en ayant une productivité inférieure à la leur.

La possibilité pour ces personnes en situation d’assistance de retrouver une place de travail sur le marché « normal » grâce à un salaire inférieur, appuyé par un versement direct, leur permettrait aussi de concrétiser ainsi une forme de réinsertion. Malheureusement les systèmes sociaux occidentaux préfèrent des structures beaucoup plus lourdes, qui au passage permettent de salarier nombre de spécialistes et de bureaucrates dans un secteur dont la productivité n’est déjà pas la plus élevée.

 

Pertes d’activité industrielle

Dans les régions frontalières, Tessin, Jura, Genève, Bâle, Saint-Gall, etc., de nombreuses entreprises industrielles se sont développées grâce à la présence à proximité d’une main d’œuvre très bon marché, acceptant de faire le déplacement pour des salaires bien inférieurs aux normes suisses, mais largement supérieurs à ceux en vigueur dans leurs pays respectifs. Ces salaires sont souvent bien inférieurs à ceux proposés par la restauration-hôtellerie, mais avec en échange des horaires de travail bien plus stables.

Toute ces industries sont soumises à une très forte concurrence et bien qu’ayant une productivité élevée, grâce notamment à la stabilité sociale helvétique, elles dépendent de la présence de cette main d’œuvre bon marché. La fermeture ou/et la délocalisation de ces entreprises ne créerait pas ou peu de chômage en Suisse, hormis quelques cadres et ingénieurs, mais une diminution des recettes fiscales directes ainsi qu’une perte économique très fortes pour ces régions en général assez décentralisées.

Il n’y a aucun intérêt pour personne à perdre ces entreprises et un salaire minimal plus élevé ne ferait que générer plus de flux d’argent sortant vers les pays frontaliers.

Un choix de société

Quel type de modèle familial voulons-nous ? Les syndicats et les défenseurs d’un salaire minimal aussi haut prétendent qu’il s’agit d’un minimum pour vivre décemment dans ce pays. Mais à aucun moment ils n’expliquent pour quelle configuration familiale. Mis à part à Genève et à Zürich, un jeune célibataire s’en sort avec 3’000.-, un couple s’en sort avec 4’000.- et une famille a besoin d’au moins 500.- de plus par enfant.

Qui s’en sort avec 4’000.- ? Evidemment pour les jeunes célibataires un oui serait une aubaine, pour un couple sans enfants, s’ils travaillent tous les deux ce sera une affaire, mais pour la mère seule avec 2 enfants ou le couple avec 2 enfants cela ne changera pas grand chose et l’État continuera à devoir compenser sous une forme ou une autre.

Le problème principal est structurel et historique

Est-il acceptable aujourd’hui que pour élever une famille dans ce pays il faut que les 2 conjoints travaillent pratiquement à 100% s’ils n’ont pas de qualifications particulières. La grande majorité des citoyens de ce pays ayant une formation correcte arrive à faire tourner sa famille avec un salaire à 100% et un salaire d’appoint. (Hors situations familiales compliquées liées au divorce)

L’une des raisons principale de cette situation réside dans l’ouverture des frontières et le recrutement à vil prix de main d’œuvre peu qualifiée corvéable et malléable à merci. Dans les années 60, les fameux « saisonniers » ont permis à la Suisse de profiter du boum économique général, mais ils finançaient des familles restées dans leurs pays avec des coûts sensiblement moindres et pouvaient donc plus ou moins les assumer. L’arrivée de cette main d’œuvre a freiné l’évolution des salaires dans de nombreuses branches comme le bâtiment ou l’hôtellerie-restauration qui n’étaient déjà pas très attractives

Ces branches ont pris l’habitude de ces niveaux et les Suisses s’en sont détournés, ce qui a conduit à une nouvelle augmentation de l’immigration pour occuper ces postes de travail. Par la suite avec les accords bilatéraux et l’abandon du statut de saisonnier, de plus en plus de personnes ont fait venir leur famille en Suisse en sachant aussi que leurs enfants y bénéficieraient de meilleures perspectives d’avenir et c’est là que le bât blesse, car les niveaux des prix helvétiques sont tels qu’avec ces salaires il n’est tout simplement pas possible d’élever une famille sur le modèle traditionnel (100% + salaire d’appoint).

L’ouverture du marché du travail et la libre-circulation ne vont pas arranger les choses. Il faut absolument éviter d’attirer d’autres personnes par des salaires garantis trop élevés. Il serait plus intelligent de laisser s’installer une certaine pénurie de personnel, ce qui fera augmenter naturellement les salaires. 

Compléments

Votation populaire du 18 mai 2014

Au cours de sa séance du 15 janvier 2014, le Conseil fédéral a décidé de soumettre les objets suivants à la votation populaire du 18 mai 2014: 

  1. Arrêté fédéral du 19 septembre 2013 concernant les soins médicaux de base (Contre-projet direct à l’initiative populaire «Oui à la médecine de famille») (FF 2013 6571);
  2. Initiative populaire du 20 avril 2011 «Pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants» (FF 2012 8151);
  3. Initiative populaire du 23 janvier 2012 «Pour la protection de salaires équitables (Initiative sur les salaires minimums)» (FF 2013 8697);
  4. Loi fédérale du 27 septembre 2013 sur le fonds d’acquisition de l’avion de combat Gripen (Loi sur le fonds Gripen) (FF 2013 6593).

 

Initiative de l’USS

 

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Communiqué après le dépôt

Un pas de plus vers des salaires garantis et décents Le peuple suisse pourra décider maintenant lui-même des mesures destinées à encourager les conventions collectives de travail (CCT) ainsi qu’à lutter contre la sous-enchère salariale et les bas salaires. Aujourd’hui, l’Union syndicale suisse (USS), avec ses fédérations et des organisations amies, a en effet déposé à la Chancellerie fédérale l’initiative populaire « Pour la protection de salaires équitables (Initiative sur les salaires minimums) », munie de plus de 111 000 signatures. L’initiative syndicale demande que la Confédération et les cantons encouragent l’inscription dans les CCT de salaires minimums. Cette mesure protégera les salaires des travailleuses et travailleurs ordinaires, fera obstacle à la pression qui s’exerce sur les salaires et renforcera le système des CCT. Parallèlement, l’initiative veut lutter contre les bas salaires et demande, par conséquent, qu’en complément, tout le monde, hommes et femmes, ait droit à un salaire décent. Pour ce faire, elle exige la fixation d’un salaire minimum légal de 22 francs de l’heure, soit de 4000 francs par mois (semaine de 42 heures). En Suisse, c’est là un minimum pour s’en sortir un tant soit peu au plan financier. Actuellement, 400 000 personnes – dont une grande majorité de femmes – touchent un bas salaire dans notre pays. L’initiative sur les salaires minimums rencontre un grand écho dans la population : selon un sondage représentatif réalisé l’an dernier par l’Institut LINK, 85 pour cent des personnes interrogées sont favorables à l’introduction d’un salaire minimum. Cette forte acceptation de la part des citoyen(ne)s, les initiant(e)s l’avaient également constatée lors de la récolte des signatures. Il a en effet été facile d’en récolter le nombre requis.

http://www.salaires-minimums.ch/

Répartition des salaires

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handicpLe travail décent est le moyen le plus efficace d’échapper au cercle vicieux de la marginalisation, de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Les personnes handicapées sont souvent prises au piège de ce cercle vicieux et des mesures sont nécessaires pour les aider à le briser. Les obstacles auxquels elles se heurtent pour trouver un emploi et s’insérer socialement peuvent et devraient être surmontés à l’aide de diverses mesures politiques, réglementations, programmes et services. 

Corrélation entre taux de syndicalisation et niveau de salaire minimal.

taux de syndicalisation

Diverses études suggèrent un lien clair entre le taux de syndicalisation et le niveau de protection du salaire.

D’autres études démontrent clairement les bienfait d’un taux de syndicalisation élevé sur l’amélioration des conditions de travail.

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