working together      Concentration vs. Distributionlinusquotelinus

L’un des effets pervers les plus visibles, mais probablement aussi l’un des moins analysés de la globalisation, est provoqué par le changement d’échelle constaté dans presque tous les domaines et son effet multiplicateur exponentiel et démesuré sur les montants absolus des gains que cela soit au niveau du management, du sport ou des arts. Mais il y a peut-être d’autres tendances contraires…


 

Sources et références

Les objectifs de cet article sont de donner des éléments de compréhension sur deux phénomènes, contradictoires sans être nécessairement opposés, liés à la mondialisation :

  • La starification : les phénomènes de concentration du type « the winner takes it all », sont les plus visibles effets de la globalisation initiée et soutenue, notamment, par le réseau internet, qui abolit temps et distances pour de nombreuses activités ou encore permet l’échange instantané de contenu numérisé. Plus de détails dans l’article sur ce sujet
  • La collaboration qui voit l’émergence, grâce à internet, de réseaux collaboratifs et distribués à tous les niveaux. Cette convergence de petites causes pouvant produire de grands effets se concrétise dans le logiciel libre, les réseaux énergétiques distribués, les réseaux sociaux et leurs dérivés, les sites de pétition et probablement bientôt avec l’impression 3D, la production décentralisée. L’un des premiers à découvrir les nouvelles opportunités offertes par la mise en réseau a été Chris Anderson dans son livre « La longue traine«  paru en 2004 qui démontre que grâce à internet même les objets à faible tirage deviennent accessibles facilement. Mais le premier à évoquer le bénéfice que pourrait en tirer l’humanité toute entière a été Jeremy Rifkin dans son ouvrage « La troisième révolution industrielle » paru en 2012.

 

Constations préliminaires

Depuis les années 1980 de nombreuses évolutions sociétales, géopolitiques, économiques et scientifiques convergent vers une tendance lourde : la globalisation, appelée aussi mondialisation, phénomène d’intégration des marchés à l’échelle planétaire doublée d’une interdépendance croissance des interactions humaines. Le changement d’échelle est considérable, notamment pour les entreprises, qui doivent aujourd’hui opérer à l’échelle planétaire, si elles veulent continuer leur expansion. Des petits artisans locaux on est passé aux industries nationales pour finir avec des conglomérats multinationaux et cela en 200 ans à peine. En parallèle à ces effets de concentration l’on assiste aussi à l’arrivée progressive de forces dispersées et convergentes, qui profitent aussi des avantages d’internet pour mettre en réseaux leurs énergies en instaurant une collaboration distribuée, que bientôt les nouvelles découvertes sur les phénomènes de nuées pourront mieux expliquer.

Historiquement, les « révolutions industrielles » se sont produites lorsque des progrès techniques ont permis de grandes avancées, en général au niveau de la production, de l’énergie et des transports. Mais il serait faux de penser que seuls des éléments techniques ont permis ces avancées. En général des modifications religieuses, législatives, sociales et morales ont contribué à leur développement par un terreau fertile propre à leur émergence.
On assiste aujourd’hui à un changement de paradigme complet caractérisé par :

  • L’immédiateté : tout devient disponible de suite.
  • L’ubiquité : tout est disponible partout.

Cette quasi-disparition des facteurs temps et distance pour tous les produits et services numérisables élimine de nombreux obstacles à leurs échanges et voit se créer de nouvelles industries et des nouveaux modes de consommation. L’apparition de nouvelles techniques d’impression 3D, sans oublier les imprimantes « biologiques » permettant d’imprimer du matériel organique, permet d’imaginer que même de nombreux produits réels vont subir les mêmes évolutions. Le globalisation devrait donc très logiquement encore s’accentuer.

Quels sont les facteurs qui ont contribués à ces changements ?

  • Les changements géopolitiques qui ont entrainé l’ouverture de presque toutes les économies de la planète, ainsi que leur adhésion aux règles « capitalistes » et favorisés de ce fait les délocalisations de production, le démarchage de nouveaux marchés porteurs, ainsi qu’une certaine harmonisation socio-culturelle au niveau des modes de vie, des besoins et du mode de consommation.

Quelles conséquences globales ?  négatives, positives ?

  • Une uniformisation des modes de vie calquée sur les styles occidentaux dont les valeurs sont propagées par les médias omniprésents grâce aux développements connus dans le multimédia et internet en particulier. La disparition de marques locales au profit de « brands » globaux du fait de l’élargissement de leur audience commune.
  • Une harmonisation progressive des niveaux de vie sur toute la planète. Malgré des différences encore criantes la pauvreté crasse disparaît progressivement au profit d’une classe laborieuse uniformément dans le besoin à l’échelle mondiale.
  • Une concurrence effrénée entre les entités politiques pour améliorer ou maintenir le niveau de vie de leurs populations, malgré un libre-échange accru favorisant les échanges commerciaux et culturels. Les économies d’échelle devenant cruciales on assiste en parallèle à des fusions de toutes sortes qu’elles soient au niveau politique, économique ou culturel.
  • Une concentration au niveau des classements des 10 plus…, 100 plus…, etc. au niveau mondial et non plus national comme c’était le cas il y a encore 30 ans. Phénomène qui touche toutes les catégories : artistes, sportifs, intellectuels, politiques et professionnels de métiers divers. Par effet de conséquence, leurs revenus ont suivi la même tendance.
  • Une mise en réseau qui décuple les énergies et permet à différents petits acteurs isolés de se regrouper pour atteindre une taille impressionnante et surtout réaliser des choses étonnantes. Ces réseaux qui ont commencé par des collaborations au niveau de la création de code, de gestion des savoirs, commencent à se développer au niveau des réseaux de transport, des réseaux énergétiques et probablement toucheront bientôt la production.
  • Une individualisation croissante permettant une production locale et une distribution à large échelle de toutes sortes de contenus multimédias, mais aussi plus récemment de produits tangibles, annulant ainsi les effets d’économies d’échelle obtenus par des productions de masse. Les réseaux permettant aussi une individualisation des produits et services offerts sans surcoûts notoires, dès l’instant que l’on utilise des processus standardisés.

 

Les évolutions possibles

Il est évidemment très difficile de prévoir l’avenir, mais l’on peut toutefois proposer quelques pistes intéressantes à développer :

Une concentration encore plus forte : la logique voudrait que la tendance initiée, dite du « winner takes it all », continue encore sans fin puisque les lois du capitalisme indiquent clairement que, comme au Monopoly, la concentration des capitaux aux mains de toujours moins de personnes est une logique mathématique et que l’on ne peut s’y soustraire.

Si rien ne vient corriger ces phénomènes, il est logique qu’une explosion sociale du type des « indignés » ou de « we are the 99% » mette suffisamment de pression pour que le politique adopte des mesures fiscales correctives. Mais ces mesures fiscales toucheront des individus et non les sociétés dont la taille continuera de croître.

Il est toutefois fort probable que les lois du marché, celles liées à la structure et à la dynamique des organisations, sans oublier certains principes de sociologie comportementale, ne fassent évoluer la situation de manière subtile, tout particulièrement si l’on suppose que la croissance démographique mondiale est entrée dans une phase de ralentissement, voir de recul en Occident. Les facteurs à observer dans ce cas de figure sont :

 

  • L’absence de croissance démographique devrait augmenter fortement la concurrence entre les entreprises et de ce fait créer une situation de pression sur les coûts limitant leurs avantages concurrentiels sur le marché de l’emploi : « Il sera nettement moins confortable de travailler pour une grosse entreprise et la voie PME ou indépendant redeviendra populaire ».
  • L’accélération du temps va raccourcir la durée de vie de entreprises en limitant leur monopole temporaire sur certaines nouveautés, toujours rapidement remplacées par de nouveaux produits ou services. La croissance des nouvelles venues est très rapide et la chute des anciennes stars l’est tout aussi.
  • À partir d’une certaine dimension, la taille peut devenir un handicap que les économies d’échelle ne peuvent plus compenser. L’arrivée des TIC a permis une augmentation de la taille des entreprises par la mise en réseau, mais comme le présuppose le paradoxe de Solow, la productivité n’a pas forcément augmenté en fonction des investissements consentis. Les nouveaux concepts de « faux indépendants » sont une réponse partielle, dans le commerce et le bâtiment notamment, à ces problèmes de gestion que rencontrent les entreprises trop grandes.
  • L’harmonisation des niveaux de salaires à l’échelle mondiale devrait rendre les délocalisations nettement moins intéressantes dans l’avenir. Les coûts liés aux transport ne devraient pas reculer. Ce qui contribuera à revenir à des zones de commerces continentales, sauf pour quelques biens particuliers.
  • L’évolution des mentalités, vers la recherche de plus de liberté, va conduire de nombreux collaborateurs de ces entreprises à rechercher des solutions leur permettant de travailler à leur compte, ou dans des structures plus petites, car le différentiel salaire/satisfaction va en diminuant, notamment du fait des comportements très égoïstes de nombreuses entreprises ces dernières années.

 

L’on peut affirmer que pour toutes les activités ne nécessitant pas d’investissements trop élevés, les micro-entreprises auront un grand avenir, notamment si elles savent se mettre en réseau. Dans les activités intensives en capital comme la banque, le bâtiment, l’industrie, etc. et basée sur de gros volumes, les grandes entreprises continueront à bénéficier d’un avantage lié à leur taille.

Une distribution plus grande : Les TIC n’ont pas encore amené l’augmentation de productivité espérée, car la dernière étape : la mise en réseau collaborative, est encore trop récente et n’a pas encore eu les effets souhaités. Les évolutions de ces dernières années devraient toutefois commence à porter leur fruits et l’on assistera probablement à de grands bouleversements à ce niveau.

C’est ici qu’interviennent les théories développées, par Jeremy Rifkin notamment, prennent tout leur sens. Il faut toutefois introduire le sujet par plusieurs concepts fondamentaux :

 

Le niveau d’entropie pourrait être corrélé au niveau d’empathie : cette affirmation nouvelle et original est l’une des clés des livres de Rifkin sur la 3ème Révolution industrielle et sur l’empathie globale.

Il part du principe que à chaque « révolution » qui a vu comme conséquence une augmentation objective (mesurable) du niveau de vie des êtres humains correspondaient deux phénomènes spécifiques. En général le niveau d’entropie (consommation des ressources fossiles) augmentait, mais en parallèle la capacité des individus à « ressentir les émotions » suivait la même tendance.

Rifkin y voit un danger : la destruction de la planète par une utilisation trop intensive des ressources et les conséquences climatiques qui pourraient en découler, mais il y voit aussi une opportunité unique : ces changements de mentalité pourraient conduire les êtres humains à collaborer d’une manière encore jamais vue pour freiner l’entropie de l’univers.

La « brevetabilité » doit être limitée : car elle pourrait être un frein au partage des savoirs et donc à la mise en réseau collaborative. Rifkin propose donc de la limiter pour certaines domaines. La controverse existe réellement sur l’efficacité des brevets, car ils peuvent être aussi considérés comme un frein à l’innovation engendrant des coûts supplémentaires.

L’idée développée par les communautés « Open Source » du type de celles rencontrée en informatique est que le « code » devrait être ouvert, accessible et modifiable par tous, sans qui quiconque puisse se l’approprier à aucun moment, toutes les améliorations apportées au niveau du code devant être remises à disposition de la communauté selon le même principe. Il devrait en aller de même dans de nombreux domaines de manière à empêcher la création de rentes non-productives au détriment de l’innovation. Le modèle économique des entreprises devrait prévoir un profit sur d’autres aspects : packaging, services fournis, mode de distribution, etc.

Grosso modo : l’idée est de pas pouvoir breveter le « savoir » qui est propriété commune de l’humanité, mais le « savoir-faire » qui reflète un travail particulier d’une entité pour utiliser le savoir d’une façon particulière. Comme exemple on prendra la musique et une pièce composée, la génétique et une plante crée par croisements successifs ou génie génétique. L’informatique est un peu particulière pour savoir ce que l’on peut breveter ou non, mais la communauté du logiciel libre croit à une vitesse telle que le problème devrait se résoudre rapidement.

La partie la plus intéressante de la controverse distribution vs. centralisation débute ici

 

Le pouvoir latéral et la collaboration distribuée

Les grands principes développés par Rifkin, mais aussi par d’autres auteurs sur ces thèmes, tournent autour de la mise en réseau intelligente de petits opérateurs générant chacun de petites causes pour obtenir de grands effets. Le crowdsourcing est né avec le web 2.0 et sa nouvelle architecture offrant de nouvelles possibilités techniques.

L’exemple le plus connu en est le développement des logiciels libres : une multitude de programmeurs anonymes (ou presque) contribuent presque simultanément au développement de logiciels dont la qualité est souvent supérieure à ceux commercialisés avec des brevets. Les nouvelles méthodes de travail collaboratives, la dispersion géographique et donc temporelle, assurent une grande rapidité. L’adhésion au groupe par passion ou par intérêt assurent une grande motivation et à une forte productivité. Tout cela pour le plaisir de créer et de partager.

Crouzet compare les comportement des participants à ces communautés informelles et faiblement hiérarchisées au comportement d’un vol de canards en migration qui réussit à faire quelque chose d’extraordinaire (un parcours de plusieurs milliers de kilomètres), avec une collaboration naturelle sans hiérarchie. qui induit une fantastique auto-organisation pour toujours maintenir la formation.

Rifkin imagine un réseau énergétique intelligent qui relierait chaque immeuble transformé en micro-centrale énergétique et de stockage, grâce aux énergies renouvelables et aux piles à combustibles, et qui permettrait ainsi de se passer de grandes centrales nucléaires ou au charbon. Dans son livre Rifkin donne encore de nombreuses autres pistes mais elles ne sont pas le sujet de cet article.

À priori rien de nouveau sous le soleil, cela fait de nombreuses années que des communautés d’intérêts existent et qu’elles partagent leurs savoirs, leurs savoir-faire, leurs idées et opinions, leurs images, leurs musiques et bien d’autre choses encore. Mais ce partage nécessite encore de gros efforts de la part des usagers de ces sites et n’est pas automatisé. Comme lorsque l’on cherche dans un dictionnaire, il faut faire l’effort.

La grande nouveauté réside dans les possibilités offerte par l’informatique en réseau et les algorithmes d’optimisation de partager des ressources et d’optimiser leur allocation.

Rifkin propose le réseau énergétique, mais le potentiel est énorme et certaines pistes sont déjà explorées, notamment au niveau des transports avec le co-voiturage, l’auto-partage, les réservations en ligne pour les transports aériens et de la logistique au niveau des transports de marchandises. Ces nouveaux modes de partage n’ont rien de gratuit et sont des entreprises parfaitement lucratives qui proposent tout simplement d’optimiser l’allocation d’une certaine ressource en fonction de critères horaires et tarifaires. Les prix varient selon la loi de l’offre et de la demande et permettent ainsi d’offrir à chacun une possibilité de participer au coût global selon la théorie des coûts d’utilité marginale.

C’est Anderson qui a écrit le premier sur ce sujet en évoquant les phénomènes de longue traîne dans le marché des produits culturels et en démontrant que dans un tel système on arriverait à rentabiliser même les produits de fonds de tiroir, car à l’échelle globale la demande n’est pas nulle, et si les coûts de stockage et de transport sont bas, il vaut la peine de conserver ces « articles » en magasin.

L’un des thèmes abordés par Rifkin concerne l’environnement et tout particulièrement le réchauffement climatique et il est certain que ses propositions permettraient une évolution vers une société moins « carbonée ». Malheureusement la position américaine au sujet des gaz de schiste risque de faire prendre plus de vingt ans de retard à ce processus. Il faut espérer que les Européens sauront se montrer plus raisonnables et visionnaires.

Il est toutefois d’autres domaines dans lesquels un réseau de petits producteurs fonctionnant dans un marché de proximité et reliés grâce au réseau pourraient réaliser le même genre d’économies et de progrès. L’agriculture, et plus particulièrement l’urban farming, pourrait grandement bénéficier d’un système prédictif incitant les cultivateurs (voir les éleveurs) à adapter leur production à la demande des consommateurs. Si les consommateurs pouvaient indiquer d’une manière ou d’une autre leurs besoins futurs en produits frais, l’offre serait plus précise et le gaspillage moindre. Mais un tel système repose sur une transparence du marché, une information relativement précise, une disponibilité ou une distribution très locale. Les aspects de merchandising avec des rayons toujours pleins ne seraient plus une incitation à consommer, car personne de va voir dans le stock si c’est beau. Les sites de commerce en ligne permettent d’économiser des millions en locaux et en gaspillage de présentation et compensent ainsi leurs coûts de transports plus élevés.

Tous les sites de location et réservation, appartements, chambres d’hôtel, voitures, chambres chez l’habitant, bureaux partagés, permettent d’ores et déjà d’optimiser l’allocation de ressources nécessitant de gros investissements et donc de baisser les prix grâce à un marché plus transparent et plus concurrentiel. Cette démarche permettra certainement de diminuer l’impact de l’immobilier sur l’environnement. Mais à chaque fois la démarche nécessite que certaines conditions de base soient remplies (voir ci-contre).

 

Conclusions

Tout semble indiquer que la prochaine étape de la révolution des TIC est fortement liée à la collaboration, la mise en commun de ressources, le partage d’informations. Au niveau industriel le processus existe déjà avec les plateformes B2B, les places du marché virtuelles, mais jusqu’à aujourd’hui ces processus étaient réservés aux grands opérateurs qui avaient les moyens de s’y connecter, d’obtenir les garanties nécessaires et d’en profiter.

La nouveauté réside dans le fait que chaque individu peut aujourd’hui devenir, à son échelle, producteur de toutes sortes de ressources, tangibles ou non, et les mettre sur le marché gratuitement ou à titre onéreux.

La condition de la réussite de ce processus est la mise en place d’un cadre légal permettant d’éviter les abus, engendrant la confiance de tous les opérateurs et clairement ouvert. Si les grands opérateurs actuels, majors et éditeurs dans l’audio-visuel, fournisseurs d’énergie, commerçants et hôteliers, voyagistes et transporteurs, réussissent grâce à leur lobbying à freiner ce processus, l’humanité continuera à gaspiller des ressources et son empreinte carbone ne se réduira pas, tout au contraire, le réseau est très gourmand en énergie.

La collaboration distribuée représente l’une des plus grandes chances d’évoluer vers un monde meilleur, sans passer par la décroissance, mais par la consommation intelligente.

 

Compléments

 

LA 3E RÉVOLUTION INDUSTRIELLE

La Troisième révolution industrielle,  Comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde 2012

La révolution industrielle fondée sur le pétrole et les autres énergies fossiles est entrée dans une dangereuse « fin de partie » : les prix énergétiques et alimentaires grimpent, le chômage reste élevé, l’endettement des consommateurs et de l’État monte en flèche, la reprise ralentit. Confrontée à la perspective d’un second effondrement de l’économie mondiale, l’humanité cherche désespérément un plan stratégique capable de la conduire vers un avenir économique durable. Dans ce livre, Jeremy Rifkin montre que la fusion de la technologie d’Internet et des énergies renouvelables peut créer une puissante dynamique de « troisième révolution industrielle ». Il nous demande d’imaginer un monde où des centaines de millions de personnes produisent leur propre énergie verte à domicile, au bureau, à l’usine et la partagent sur un « Internet de l’énergie », de la même manière que nous créons et partageons en ligne aujourd’hui de l’information. Rifkin explique comment les cinq piliers de la troisième révolution industrielle vont créer des milliers d’entreprises et des millions d’emplois ; ils vont aussi impulser une réorganisation fondamentale de nos économies et des relations humaines : le passage du pouvoir hiérarchique au pouvoir latéral va changer notre façon de commercer, de gouverner la société, d’éduquer nos enfants et de nous engager dans la vie civique. La vision de Rifkin influence déjà la communauté internationale. Le Parlement européen a publié une déclaration officielle appelant à la mettre en oeuvre, et certains pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine préparent leurs propres initiatives pour opérer une transition rapide vers ce nouveau paradigme économique. La Troisième Révolution industrielle analyse magistralement la nouvelle ère économique qui s’annonce, et présente également les personnalités et les acteurs – chefs d’État et de gouvernement, PDG d’entreprises mondiales, entrepreneurs sociaux et ONG – qui s’en font les pionniers sur toute la planète. 

Exemples de « révolutions » (wikipedia)

  • Le développement de l’agriculture : vers 10’000 ans av J-C, favorisée par les techniques d’irrigation, la découverte d’outils en métal et une meilleure connaissance des plantes, permet la sédentarisation de populations, jusqu’alors nomades et vivant de chasse et de cueillette, dans des agglomérations de plus en plus grandes et autorisant une meilleure spécialisation garante d’une productivité plus élevée.
  • L’invention de l’imprimerie par Gutenberg : vers 1450 permet une large diffusion des savoirs et nouvelles techniques développés lors de la révolution copernicienne. La diffusion plus larges des informations couplée probablement aux nouvelles mentalités issues de la Réforme ont permis de larges progrès scientifiques et techniques qui ont débouché sur :
  • La 1ère révolution industrielle : la découverte de la machine à vapeur et de l’acier permet la création de réseaux de transports, la mécanisation de l’agriculture augmente sa productivité et libère de la main d’œuvre pour fabriquer d’autres produits : tissus, outils, etc. dans des usines où la productivité est nettement plus grande que dans les petits ateliers. Le développement de méthodes de conservation des aliments permet aussi leur transport sur de plus grandes distances.
  • La 2ème révolution industrielle : l’invention de l’électricité puis du moteur à combustion interne , les progrès de la chimie et de la médecine, accélèrent encore l’industrialisation du monde avec l’arrivée de l’automobile, de l’aéronautique, des médias électroniques, etc.
  • La révolution verte : le développement d’engins agricoles plus légers et performant, les progrès en matière de sélection des semences et surtout la découverte du rôle des engrais, permet d’augmenter très nettement la productivité agricole depuis la première guerre mondiale et transforme de fond en comble le paysage social.
  • La révolution numérique : les développements de l’électronique, notamment la miniaturisation et l’apparition des circuits imprimés vont permettre l’arrivée des ordinateurs et la numérisation progressive des informations de type multimédia. Le développement en parallèle du réseau internet avec des protocoles de communication et un développement planétaire vont contribuer à mettre cette masse d’informations à dispositions de tous.
  • La 3ème révolution industrielle : est dans sa phase initiale et son premier théoricien fut J. Rifkin. Elle est une suite logique de la convergence du numérique, mais surtout de la mise en réseau qui permet la collaboration distribuée.

LA LONGUE TRAÎNE

arton47[1]La longue traîne. La nouvelle économie est là !, par Chris Anderson Ed. Village mondial, 2007, 280 p., 25 euros.

La plupart des livres ne sont pas des best-sellers et la plupart des enregistrements musicaux n’entrent pas dans le Top 100. L’analyse des ventes d’Amazon.com montre qu’un tiers du marché est constitué par des ouvrages qui ne sont en rayon dans aucune librairie, parce que la place y est trop limitée et trop coûteuse pour qu’on y expose des livres dont on vendra moins de dix exemplaires dans l’année. La fantastique puissance d’Internet permet en revanche de proposer à chacun, à un coût raisonnable, le produit spécial qui l’intéresse. C’est le règne des « niches », qui seront le grand marché de demain. Cela ouvre des perspectives fabuleuses à iTunes ou Harmony. Ils peuvent rentabiliser des petites séries, des musiques expérimentales ou des morceaux anciens, tous classés très loin des « hits ». Cet accès à d’innombrables produits que les WalMart ou Carrefour ne placeront jamais sur leurs linéaires est facilité par les conseils donnés bénévolement par des milliers d’amateurs sur les sites des vendeurs et dans des blogs ou des mails-lists. C’est une nouvelle « nouvelle économie » fascinante qui est en train d’émerger. Elle révolutionne le marketing et fait disparaître, dans de nombreux domaines, la notion même de rareté, fondement de la théorie économique.

LE PEUPLE DES CONNECTEURS

connecteursLe Peuple des connecteurs

Bourin Editeur

Spécialiste international des nouvelles technologies, un ingénieur se fait le porte-parole de ceux qu’il appelle « les connecteurs ». Cette génération, née après 1960, rassemble les premiers véritables utilisateurs des ordinateurs. Elle ne croit plus à la politique et serait en train de réinventer en silence les règles de la société. La structure en réseau, à l’image de celle d’Internet, serait-elle en train de remplacer les hiérarchies ? Un essai vraiment étonnant, argumenté, souvent convaincant.

« Les connecteurs vivent dans un univers technologique entièrement nouveau par rapport aux générations qui les ont précédés. Ils appartiennent à un réseau social transnational dans lequel ils nouent sans cesse de nouveaux liens. Cette appartenance à un réseau planétaire transforme radicalement leur conception du monde et de la société. Sans bruit, sans manifester, sans revendiquer, ils sont en train de bouleverser tous les codes établis. De récentes découvertes scientifiques leur ont fait comprendre que notre société reposait sur des fondements inadéquats. Qu’est-ce qu’une république sinon une monarchie déguisée ? Qu’est-ce que le système éducatif sinon une machine à faire de nous des clones les uns des autres ? Qu’est-ce que la justice sinon un ensemble de lois pour restreindre nos libertés ? Pourquoi une autorité centralisée alors que le réseau démontre tous les jours qu’il s’auto-organise sans aucun chef ? »

Définitions (wikipedia)

Entropie : Quantité physique qui mesure le degré de désordre d’un système. Par niveau d’entropie l’on entend la randeur caractérisant le désordre d’un système. L’entropie ne peut qu’augmenter dans une transformation irréversible (système isolé).

Depuis la nuit des temps, l’homme, en utilisant les ressources naturelles, fossiles notamment, a contribué à l’augmentation du niveau d’entropie du système « terre ». Quand on demandait à Einstein quelle était à ses yeux la loi la plus importante de la physique, il répondait: «le second principe de la thermodynamique.» La notion d’entropie est associée à ce second principe.

Complexe dans ses ultimes raffinements, le second principe est aussi l’expression des observations les plus courantes et les plus banales. Un mot d’abord sur le premier principe. Il appartient au langage courant par la formule: rien ne se perd, rien ne se crée. La matière et l’énergie peuvent changer  de forme, elles se conservent toujours. L’air que je respire en ferme des atomes  que Platon a respirés il y a 2 500 ans et qui entre-temps ont peut-être été incorporés à la substance d’une plante ou d’un animal.

L’énergie peut toutefois se conserver sous diverses formes , sous celle du charbon par exemple ou celle de la chaleur  que le charbon dégage dans une machine à vapeur. La différence est importante car sous la forme de la chaleur l’énergie n’est plus disponible pour produire du travail. Ce passage du chaud au froid est un phénomène universel. Si nous déposons une tranche de pain chaude sur une autre froide, elles seront bientôt toutes les deux tièdes, atteignant ainsi l’équilibre.

On appelle entropie le processus par lequel l’énergie disponible se transforme en énergie non disponible. Il s’agit d’une grandeur mesurable. «Mesurée en  calories, par gramme et par degré, elle est la quantité totale de chaleur ajoutée, divisée par la température.»

L’univers auquel il s’applique est un système fermé. Les êtres vivants qui l’habitent, du moins en certaines de ses parties, sont des systèmes ouverts : il y a un échange de matière et d’énergie entre eux et leur environnement. C’est cet échange qui, dans certaines conditions,  rend la vie possible. Mais même si elle se reproduit et si l’ordre s’accroît ainsi dans une partie de l’univers, le bilan global est celui que le second principe rendait prévisible :  La vie ne peut créer de l’ordre à partir du désordre ambiant qu’au prix d’un accroissement du désordre ambiant global. La vie pollue. Elle est un luxe dans l’univers.

Empathie :  Capacité de ressentir les émotions de quelqu’un d’autre.

En langage courant, ce phénomène est souvent rendu par l’expression « se mettre à la place de » l’autre. Cette compréhension se produit par un décentrement de la personne (ou de l’animal) et peut mener à des actions liées à la survie du sujet visé par l’empathie, indépendamment, et parfois même au détriment, des intérêts du sujet ressentant l’empathie. Dans l’étude des relations interindividuelles, l’empathie est donc différente des notions de sympathie, de compassion, d’altruisme ou de contagion émotionnelle qui peuvent en découler.

Rifkin nous apprend notamment dans son ouvrage « Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Civilisation de l’empathie » qu’il constate universellement qu’avec un accroissement du niveau de vie, notamment grâce aux possibilités nouvelles de connexions avec leurs pairs, qu’offrent les réseaux de transports, mais aussi de communication, le niveau d’empathie global de l’humanité augmente et que progressivement les êtres humains commencent à se préoccuper de leur prochain, de leurs enfants, de leurs parents, mais aussi des générations à venir, voire même des animaux.

Il en veut pour preuve, la diminution de la pauvreté au niveau mondial, la régression du nombre de conflits, l’avènement de la démocratie dans de nombreux pays, bref des tendances de fond réelles même si l’évolution est lente.

Brevets : Un brevet est un titre de propriété industrielle qui confère à son titulaire non pas un droit d’exploitation, mais un droit d’interdiction de l’exploitation par un tiers de l’invention brevetée, à partir d’une certaine date et pour une durée limitée (20 ans en général).

9 innovations sur 10 n’ont jamais été brevetées. C’est le marché qui innove, pas la bureaucratie.

http://www.wipo.int/patent-law/fr/developments/open_source.html

Convention de Munich : La Convention sur la délivrance de brevets européens du 5 octobre 1973,

Un des articles les plus importants de la convention est l’article 52, intitulé « inventions brevetables », qui dispose que :

« (1) Les brevets européens sont délivrés pour les inventions nouvelles impliquant une activité inventive et susceptibles d’application industrielle. (…) »

Cet article constitue le fondement de l’appréciation de la brevetabilité selon la CBE. D’abord, les découvertes, les théories scientifiques, les méthodes mathématiques, les créations esthétiques, les plans, principes et méthodes dans l’exercice d’activités intellectuelles, en matière de jeu ou dans le domaine des activités économiques, ainsi que les programmes d’ordinateurs et les présentations d’informations ne sont pas considérés comme des inventions et sont exclus de la brevetabilité, seulement dans la mesure où l’invention concerne ces éléments en tant que tels.

Le deuxième ensemble d’exceptions, les exceptions en vertu de la politique, incluent

les méthodes de traitement chirurgical ou thérapeutique du corps humain ou animal, et des méthodes de diagnostic appliquées au corps humain ou animal, des inventions contraires à l’ordre public ou aux bonnes mœurs et les variétés végétales ou les races animales, ainsi que les procédés essentiellement biologiques d’obtention de végétaux ou d’animaux.

 

Exemples de collaboration contributive de type source ouverte

Les encyclopédies en ligne du type Wikipédia existent par le travail de milliers de volontaires qui rédigent des articles dans de nombreuses langues sur des sujets les plus divers. Leur arrivée sur le marché a fait quasiment disparaître toutes les encyclopédies papier aux prix exorbitants qu’il convenait de renouveler régulièrement.

Les logiciels libres du type linux, apache, MySQL, OpenOffice, WordPress, sont devenus les leaders de leurs domaines respectifs et tout en restant absolument gratuits génèrent des activités commerciales pour des montants astronomiques. La communauté ne cesse de se développer et les activités des sociétés informatiques vont évoluer vers l’adaptation, la personnalisation, le packaging de logiciels issus de ces familles.

Les réseaux sociaux avec à leur tête Facebook, Twitter, Pinterest ou encore Linkedin, ont déjà permis le reconnexion de millions de personnes qui s’étaient perdues de vue et qui recommence à communiquer, multipliant ainsi les occasion d’échanges d’opinions, d’idées, mais aussi de documents multimédia et de marchandises, grâce à des sites du type EBay.

Les sites de recommandations, comme Tripadvisor, fleurissent grâce aux avis que leurs utilisateurs partagent avec tous. Et s’ils réussissent à trouver des solutions pour les recommandations « peu fiables », leur avenir sera encore plus prometteur et cela dans bien des domaines pour lesquels « le client » doit se fier à eux. L’on peut imaginer que les recommandations s’étendent aux médecins, avocats, garagistes, etc., bref dans tous les domaines de services. Remplaçant par là même la notion de réputation qui avait cours dans les activités locales.

Les sites éducatifs : tels que la Khan Academy mettent à disposition des vidéos formatrices, réalisées par des internautes. Et les versions payantes vont jusqu’à certifier le cursus avec un examen final.

Les forums d’entraide sur tous les sujets pullulent et changent la façon dont les gens se font aider et conseillent les autres. Qu’ils s’agisse de technique, de bricolage, de jardinage, de médecine, presque tous les sujets sont disponibles et permettent de comparer, partager, découvrir des solutions à toutes sortes de problèmes.

Les bases de données collaboratives dans le domaine médical, pharmaceutique, biologique permettront de grandes avancées grâce à la mise à disposition de tous les acteurs de connaissances partagées.

 

Conditions pour un marché collaboratif

  • Le volume : La taille du marché est déterminante et sa densité locale aussi, car seuls les marchés suffisamment grands peuvent se voir appliquer une logique collaborative. Ce volume ne peut être atteint que grâce à un réseau qui interconnecte les acheteurs et les vendeurs de manière suffisamment dense.
  • La transparence : Le marché doit être transparent au sens de l’information pour les acheteurs et les vendeurs, qui doit pouvoir circuler librement et être accessible à tous. Cette transparence nécessite la présence d’un réseau et de processus d’analyse.
  • La fiabilité : chaque acheteur doit pouvoir être sûr que le produit ou service correspond à un certain nombres de critères bien définis et dans l’autre sens le vendeur doit être certain d’être payé.
  • La comparabilité : les produits ou services doivent pouvoir être comparés selon certains critères objectifs et éventuellement jugés par les consommateurs, même de manière subjective.

 

Exemples de réseaux « commerciaux »

Les sites de commerce spécialisés dans l’artisanat comme Crafster ou Etsy, permettent à des particuliers de vendre leur production directement à des clients du monde entier, grâce à une logistique commune. Mais il existe de nombreux sites B2B qui font la même chose à une autre échelle. 

Les sites de réservation en ligne du type booking.com permettent à de petits hôtels de parader à côté des plus grandes chaînes et autorisent leurs clients à émettre des avis, utiles aux autres clients, mais aussi aux hôteliers pour améliorer leur offre.

Le site AirBnB et ceux du même type offre la possibilité de louer une chambre, un appartement chez l’habitant. Il est fortement attaqué par le lobby des hôteliers.

 

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