monopolyCLASSES MOYENNES ET FISCALITÉquote trumantruman

Une fois de plus, la crise économique frappe les sociétés occidentales, en créant des inégalités de plus en plus marquées entre les citoyens. Jusqu’alors cette situation avait fait le lit des populistes, mais cette fois, de nouveaux mouvements de masse basés sur « l’indignation » commencent à les dépasser en allant directement camper dans la rue. La révolte gronde et l’on sent ressurgir les affrontements de classes stériles qui sont souvent les précurseurs d’autres conflits nettement plus graves.

 

 


 

Le bonheur économique est-il possible ?

L’histoire montre depuis toujours une alternance de périodes économiques « grasses et maigres ». Les cycles de Kondratieff, Kuznets, Juglar et autres se succèdent et cela semble parfaitement normal, puisque correspondant au cycle naissance-vie-mort, intrinsèque de notre univers. Notre propos n’est pas de démonter qu’en phase de croissance économique la prospérité d’une société augmente mais plutôt de vérifier s’il existe des périodes historiques, des âges d’or, où la prospérité fut telle que la majorité d’une population ait pu en bénéficier comme cela semble avoir été le cas durant les fameuses « trente glorieuses » de 1945 à 1975. Durant cette période, il semble effectivement qu’une très large classe moyenne ait pu profiter d’une exceptionnelle redistribution des richesses, ayant conduit à une certaine stabilité économique.

Historiquement

Dans la section histoire on trouvera un court résumé de l’évolution économique de l’humanité mais globalement l’on peut dire que développement économique et croissance de la population sont très liés. Seule la multiplication des échanges permet d’augmenter la valeur ajoutée et réciproquement seule une amélioration de la productivité, notamment agricole, permet de soutenir la croissance de la population.

C’était mieux autrefois !

Dans l’imagerie populaire, le thème « c’était mieux autrefois » revient souvent, pourtant il ne résiste que très rarement à l’analyse des données brutes qui démontrent toujours une amélioration des valeurs absolues de « confort » ou de« bonheur objectif » sur le long terme. En résumé, les pauvres sont moins pauvres et les riches sont plus riches, mais qu’en est-il de la relation entre pauvres et riches, comment varie-t-elle ?

Les pauvres c’est les autres…

C’est cette perception subjective d’inégalité qui est porteuse de frustrations. Il convient maintenant de vérifier s’il s’agissait uniquement d’une conjonction exceptionnelle de facteurs divers ou si l’on pourrait recréer et à quelles conditions, une situation similaire permettant l’émergence d’une nouvelle période de prospérité partagée.

Sur la base des analyses faites dans les autres sections, il semble acceptable de prétendre que le bonheur économique dépend de plusieurs facteurs :

Le montant du revenu disponible, à lui seul n’est pas suffisant, mais l’on peut affirmer à la suite de diverses études qu’à partir d’une certaine somme, variable selon les pays, l’on atteint un niveau de satisfaction suffisant dès lors que l’on peut s’offrir une vie correspondant à la moyenne, en étant à même de parer à des mauvaises surprises grâce à de petites économie. Ce montant doit permettre de fonder une famille et de lui assurer un niveau de confort correct.

• Le montant du revenu disponible relatif à la moyenne est un élément important dans la satisfaction ressentie. Il convient surtout de ne pas faire partie du groupe considéré comme le plus pauvre, alors que les écarts avec les riches ne frustrent pas trop, tant qu’ils ne sont pas indécents.

La dynamique de progression doit exister et permettre à chaque individu de progresser dans l’échelle sociale grâce à son travail ou à ses talents. Cette dynamique doit lui permettre de proposer à ses enfants de continuer cette progression. Ce dernier éléments est probablement l’un des plus importants sur lequel il convient de travailler pour améliorer le comportement des individus dans la société.

• D’autres facteurs plus subjectifs permettent de conforter ce sentiment de bonheur : avoir un travail et si possible satisfaisant, vivre dans un cadre environnemental agréable, vivre dans une société peu violente ou le consensus est roi, une société favorisant de bonnes relations sociales et disposer d’un accès aisé à la culture, etc.

L’un des objectifs de vie très important, le plus souvent cité, même par les jeunes générations et presque dans tous les pays du monde est l’acquisition de son logement, idéalement d’une maison avec un petit jardin. Il semble que cet achat procure un sentiment de plénitude et surtout de sécurité, où rien ne peut nous atteindre. Les anglais disent à juste titre « my home is my castle ». A nouveau un thème à creuser car il est évident qu’il sera impossible de loger ainsi toute la population de cette

 

La classe moyenne, clé du problème ?

Le groupe de population correspondant le mieux à  la description par les besoins faite ci-dessus, se  nomme communément la classe moyenne. Elle représente, dans les sociétés modernes, la plus grande partie de la population, mais surtout la part de la population qui permet de financer l’état moderne tel que nous la connaissons depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

En Suisse la classe moyenne est particulièrement développée et le niveau de satisfaction de la population est élevé, même dans les couches les plus défavorisées. Il en est de même pour les comparaisons internationales où la Suisse si situe toujours parmi les pays ayant la plus forte classe moyenne, un niveau d’égalité élevé (coefficient de Gini), ainsi qu’une satisfaction subjective forte.Le graphique ci-dessous illustre ce phénomène :

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Il est assez étonnant de relever que malgré des différences de revenus allant du simple au double, le niveau de satisfaction varie relativement peu de 66% à 82%. Ce qui correspond clairement l’adage « l’argent en fait pas le bonheur », mais surtout confirme que la cohérence au niveau des classes, à savoir, des différences relativement réduites +/- 50% autour de la moyenne, diminue l’effet de « jalousie » qui crée une insatisfaction subjective encore plus grande. Cela permet aussi d’affirmer que le bénéfice marginal en terme de satisfaction que procurent des revenus nettement plus élevés est faible.

Les définitions de la classe moyenne varient beaucoup, de même que ses limites basses et hautes selon de quel bord on est, mais grosso modo l’on se situe toujours dans des valeurs proches. Il existe un certain consensus pour accepter qu’il s’agirait des 2,3 et 4èmes quintiles de la population réparties selon les revenus disponibles équivalents (voir ci-contre) ou aussi la part de la population disposant de -30% à +50% du revenu médian. Une première représentation simpliste montre cette répartition.

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Mais cette manière de présenter les données crée l’illusion d’une égalité entre les classes riches et pauvres qu’il convient de corriger en présentant les mêmes données sous un autre angle. Le graphique suivant corrige cette injustice et remet l’église au milieu du village.  classemoyenne2

L’on voit nettement mieux sous cette forme que le 20% le plus pauvre ne reçoit que 10% du revenu disponible alors que le 20% le plus riche s’en arroge 35%, soit presque 4x plus. L’écart est encore plus dramatiquement élevé si l’on regarde au décile (10%), mais surtout au centile (1%). Malheureusement ces chiffres ne sont pas disponibles aussi facilement au commun des mortels que nous sommes (on se demande bien pourquoi). Cette situation se visualise mieux avec le graphique par déciles qui montre bien comment les 10% les plus riches obtiennent 20% du revenu.

deciles

Mais il y a encore une dernière manière de représenter cette distribution de la population selon une courbe. C’est cette présentation qu’ont choisi les auteurs de l’étude d’avenir suisse mentionnée plus haut et dont nous présentons ici un graphique. Dans un premier temps il convient d’observer la courbe gris clair qui montre la répartition de la population selon les revenu ainsi qu’une définition traditionnelle de la classe moyenne entre le limites rouges = environ 60% des ménages.

répartition

L’étude d’Avenir Suisse basée sur les travaux de Monika Engler de l’Université de Saint-Gall, ont démontré qu’en fait la classe moyenne englobe encore une population bien plus grande du fait de la redistribution qui s’opère en son sein du fait de « l’état providence » qui fait payer le segment situé au delà de la limite supérieure pour subventionner le segment en deçà de la limite inférieure Et qui ce faisant change complètement la forme de la courbe.  distribution2

Les auteurs de l’étude montrent à juste titre comment cette distribution anémie la classe moyenne supérieure pour renforcer les groupes les plus faibles de la population. Ce phénomène de pression vers le bas serait, à juste titre, source de démotivation des membres les plus aisés du groupe, qui ont le sentiment que leurs efforts ne leur permettent plus de se différencier de la population. Effectivement il s’agit là d’un problème crucial. En attirant, grâce à des subsides, toute une catégorie de « pauvres » vers le bas de la classe moyenne, ceux qui ne bénéficient pas ou peu de la manne étatique se sentent de plus en plus frustrés. Cette frustration conduit à des comportements de refus faisant le lit des populistes.

La présentation des revenus sous cette forme, laisse dans l’ombre un autre fait tout aussi important : les très riches sont cachés au bout de la courbe qui en réalité continue encore très très loin. Pour que les partis de droite puissent continuer à conserver une clientèle ayant l’impression qu’ils la défendent, la tendance est à regrouper les gens qui gagnent plus de 200’000.- dans une seule classe sociale. En fait on pourrit presque dire que jusqu’à des revenus de 500’000.-, il s’agit de situations assez précaires qui pourraient rapidement évoluer, ce niveau de revenus permet tout juste  d’avoir un très bon niveau de vie, mais n’autorise pas une épargne élevée permettant la constitution d’une fortune au sens traditionnel du terme.En plus cette classe est déjà frappée d’un taux d’imposition élevé.

Le graphique suivant montre quelle devrait être la forme de la courbe pour idéalement, ne pas frustrer trop le bas de la classe moyenne, laisser des perspectives d’évolution, et essayer de limiter plus loin le haut de la classe moyenne pour éviter des frustrations par rapport aux super-riches, ainsi que des comportements versant sur l’ostentatoire. graphiquerevenutreshaut

 

 

Compléments

Les acteurs

forresterViviane Forrester, née le 29 Septembre 1925 connue pour sa sévère condamnation du néolibéralisme avec ‘L’Horreur économique’, prix Médicis 1996, Viviane Forrester est aussi une critique littéraire émérite du Monde et collabore régulièrement avec Le Nouvel Observateur et La Quinzaine littéraire. Auteur de plusieurs romans, ‘Le Grand Festin’ (1971), ‘L’ Oeil de la nuit’ (1987), elle nous livre également deux biographies remarquées, celle de Van Gogh en 1983, pour laquelle elle obtiendra le prix Femina dont elle deviendra membre du jury, et celle de Virginia Woolf en 2009. Mais ce sont surtout ses essais, ‘Une étrange dictature’, ‘Le Crime occidental’ qui lui ont valu sa reconnaissance internationale. Dénonçant le culte de la rentabilité et la tyrannie du profit, l’auteur prend l’exact contre-pied de l’idéologie libérale qui prétend subordonner toute décision politique aux seuls impératifs de l’économie. Ce livre révolté n’est cependant pas révolutionnaire. lhorreurS’inspirant largement des analyses de Hannah Arendt qui annonçait déjà les dangers liés au dépérissement du politique, devenu l’instrument privilégié de l’ordre économique existant, l’auteur appelle de ses voeux un renouveau du débat démocratique. L’intérêt essentiel de ce best-seller, écrit avec talent et conviction, est de révéler l’ampleur du désastre humain induit par la démission des élites et l’apathie du citoyen. Déploration vaine ou coup de colère salutaire, cet ouvrage s’inscrit résolument dans la tradition humaniste, stigmatisant la paresse et la lâcheté qui pérennisent l’injustice. Toute la question est de savoir si Viviane Forrester, après avoir été entendue, a des chances d’être écoutée.–Paul Klein

jmkeynesJohn Maynard Keynes, 5 juin 1883- 21 avril 1946) est un économiste britannique de notoriété mondiale, reconnu comme le fondateur de la macroéconomie moderne, pour lequel les marchés ne s’équilibrent pas automatiquement, ce qui justifie le recours à des politiques économiques conjoncturelles. Le keynésianisme, la nouvelle économie keynésienne, le néokeynésianisme ou le post-keynésianisme plus interventionniste sont des concepts et des courants de pensée issus de l’œuvre de Keynes. Considéré comme l’un des plus influents théoriciens de l’économie du XXe siècle, Keynes, en tant que conseiller officiel ou officieux de nombreux hommes politiques, fut l’un des acteurs principaux des accords de Bretton Woods, après la Seconde Guerre mondiale. Sa première somme théorique fut le Traité sur la monnaie. Mais son œuvre majeure est sans conteste la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936). Ce livre, après d’autres, s’en prend à la loi de Say, un des fondements du laissez-faire. La force de John Maynard Keynes réside dans le fait qu’à la différence de ses prédécesseurs, il élabore une théorie nouvelle ainsi que les outils conceptuels nécessaires à la mise en place de politiques économiques alternatives. Ses travaux sont utilisés après la Seconde Guerre mondiale dans le cadre de la mise en place de l’État-providence. Il est souvent considéré comme ayant donné aux nouveaux libéraux anglais la théorie économique qui leur manquait. La pensée de Keynes, notamment le courant keynésien dit de la synthèse néoclassique longtemps dominant aux États-Unis, a perdu une large part de son influence à partir du début des années 1980 avec la montée en puissance du monétarisme, de la déréglementation financière et de la nouvelle économie classique. Cependant, la crise économique de 2008-2009 a semblé marquer un regain d’intérêt pour la pensée de Keynes, tant dans la version plutôt sociale libérale de la nouvelle économie keynésienne que dans des versions plus hétérodoxes, telles que le post-keynésianisme ou encore, en France, l’économie des conventions. (wikipedia)

Quelques définitions

Revenu disponible équivalent. Ce dernier se calcule en retirant les dépenses obligatoires du revenu total du ménage et en divisant le solde par la taille d’équivalence du ménage. Ainsi, le revenu disponible équivalent est un indice du niveau de vie des personnes, indépendamment du type de ménage dans lequel elles vivent.

La médiane est la valeur qui divise l’ensemble considéré, ventilé dans l’ordre croissant des revenus, en deux groupes de taille égale: pour la moitié de la population, le revenu disponible équivalent se situe au-dessus de la médiane, alors que pour l’autre moitié, le revenu disponible équivalent s’inscrit au-dessous. En 2009, la médiane du revenu disponible équivalent se monte à 47’840 francs suisses par année. La moitié de la population la mieux lotie dispose d’un revenu disponible équivalent moyen 2,3 fois plus élevé que la moitié la moins bien lotie.

Coefficient de Gini :Le coefficient de Gini est une mesure du degré d’inégalité de la distribution des revenus dans une société donnée, développée par le statisticien italien Corrado Gini. Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1 signifie l’inégalité totale (une personne a tout le revenu, les autres n’ont rien, cas extrême du maître et de ses esclaves). (wikipedia)

Le taux marginal d’imposition :est le taux d’imposition qui s’applique à la dernière unité gagnée. Dans un système d’imposition progressif, il s’agit du taux auquel est imposé la dernière tranche du revenu d’un contribuable.

Documentation

Pour se documenter on pourra consulterstrap l’excellent rapport d’Avenir Suisse : « La classe moyenne malmenée« , bien entendu orienté et compenser en lisant le commentaire de Domaine Public. Pour des informations plus fouillées le lecteur téléchargera les statistiques sur le site de l’OFSTAT. Une autre source se trouve dans un article du Temps et une étude du BASS sur la classe moyenne, ainsi que des travaux de Monika Engler. De nombreuses autres études notamment sur le plan international sont disponibles. Notamment au niveau européen où L’OFSTAT collabore, permettant ainsi une comparaison des données.

Une répartition plus réelle

Classes populaires :  environ 15% de la population, dont bon nombre de migrants peu qualifiés et  pour les nationaux essentiellement des personnes en rupture pour des motifs familiaux, professionnels ou de santé et encore quelques retraités. Environ la moitié de ce groupe vit sous le seuil de pauvreté et l’autre moitié parvient tous juste à se maintenir à flot, grâce à des emplois accessoires et des subsides de l’état. Le revenu disponible par personne de plus de 16 ans de ce groupe se situe en moyenne à 27’000.-environ (de 15’000 à 35’000).

Classe moyenne inférieure : ce groupe constitue environ 50%de la population et comprend les ouvriers et employés moyennement qualifiés, avec souvent des ménages dont les deux parents travaillent pour atteindre un niveau de vie correct. Le risque de paupérisation est en général encore assez élevé et dépend surtout de facteurs familiaux ou de santé. Dans cette classe le revenu disponible par tête se situe autour de 45’000.- (de 35’000 à 50’000).

Classe moyenne supérieure et aisée: on va trouver ici environ 30%de la population dans un panier assez hétéroclite du fait des différentes situations familiales. Cette classe comprend aussi bien les DINKies (double income no kids) en début de carrière que les cadres supérieurs avec enfants et l’un des partenaires au foyer. Dans cette classe le revenu disponible par tête se situe autour de 80’000.- (de 45’000 à 150’000).

Classes très aisées : ce dernier groupe est composé de moins de 5%de la population dont les revenus sont nettement supérieurs à ceux des autres. On part d’une moyenne de 200’000 sans limite vers le haut. C’est ici qu’on trouvera les sportifs et artistes à succès, les propriétaires d’entreprises PME et les managers de sociétés plus grosses, sans parler des membres de certaines professions libérales. La société du « the winner takes all » dans laquelle nous vivons fait que leur nombre a diminué, mais leur revenus augmentés.

Documentation

Sur la charge fiscale on trouvera brchureafcd’excellentes informations dans le document éditer pas l’AFC à l’intention des entrepreneurs : Le système fiscal suisse. On trouvera aussi une analyse, intéressante mais lacunaire car uniquement en faveur des gros revenus et surtout, à juste titre cette fois, opposé à l’augmentation de la charge fiscale dans le temps, dans un dossierpolitiquesur la charge fiscale édité par economiesuisse. Pour les comparaisons internationales le site de l’OCDE est précieux. De même que la publication sur la taxation au niveau des entreprises sur une base mondiale qui est coédité par la kpmgbanque mondiale et  PWC « Paying Taxes 2012 : The global picture » et pour finir le rapport bisannuel de KPMG : « Individual Income Tax and Social Security Rate Survey ».

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